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Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs faceaux juristes Wahhabites

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Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs faceaux juristes Wahhabites

Message par Admin le Lun 16 Nov - 18:09

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❁❁❁ Annales du patrimoine / N° 04 / 2005 © Annales du patrimoine,
****************************************************************Mostaganem (Algérie)
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Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs faceaux juristes Wahhabites
****************************************************************Abd al Wadoud Yahya GouraudCommunita religiosa islamica, Italie

----------------------------------------------------------------------------------Avant d’aborder ce qui compose l’essentiel de notre sujet, nousaimerions présenter le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs à travers les mots de l’un deses héritiers spirituels contemporains, par lequel la Tarîqa AhmadiyyaIdrîsiyya Shâdhiliyya a été introduite en Occident :“ Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs (que Dieu soit satisfait de lui) a dit : ”Nous netirons de fierté d’aucune créature, quelle qu’elle soit ; nous ne plaçonsd’espoir en aucune créature pourquoi que soit. Nous sommes des serviteursde Dieu, en voyage vers Dieu, ne craignant que Dieu, n’espérant en riend’autre que Dieu, ne s’attachant à rien d’autre que Dieu, et ne plaçant leurconfiance en rien d’autre que Dieu. Quiconque ne s’attache qu’à Dieu estguidé sur la voie droite, et quiconque place sa confiance en Dieu estrécompensé, selon les paroles de notre seigneur et maître Muhammad,l’Envoyé de Dieu (que les Bénédictions et le Salut de Dieu soient sur lui) :“Ce qu’un homme craint a maîtrise sur lui, mais si un homme ne craint queDieu, rien d’autre que Dieu n’aura maîtrise sur lui.” Et il a dit aussi : “Unhomme dépend de ce qui le conduit vers ce à quoi il aspire, mais si unhomme n’aspire qu’à Dieu, Dieu ne le mènera vers rien d’autre ” (1) .“ Ainsi vécut le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs, tourné tout entier vers lesouvenir de Dieu seul, en conformité avec l’enseignement coranique :“Certes, le souvenir de Dieu est plus grand” (2) . Sa vie est si simple et si droitequ’on en sait, somme toute, peu de choses. Il manifesta la plus grandetransparence spirituelle, au service de Dieu, et l’on devine l’ampleur de ce“ saint énigmatique ” à la trace profonde et durable qu’il laissa parmi sesdisciples, et au rayonnement de son influence spirituelle aux quatre pointscardinaux du monde musulman.“ Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs ne fut pas, comme d’autres maîtres deson époque, un Shaykh fondateur d’une tarîqa au sens strict du terme, maisl’interprète de l’essence du Soufisme, qui est la voie Muhammadienne (at-tarîqa al-muhammadiyya). La vie du Shaykh se résume au parcours patientde cette voie de rectitude, qui constitue le plus court chemin vers Dieu. Ilétait certes rattaché aux turuq par ses maîtres spirituels, notamment à laShâdhiliyya. Mais il se reconnaissait avant tout comme le transmetteur de labénédiction de la chaîne initiatique de la Khadiriyya. Il était, en effet, ledisciple du Shaykh Abû Muhammad ‘Abd al-Wahhâb at-Tâzî, lui-mêmedisciple du grand saint de Fez, le Shaykh ‘Abd al-’Azîz ad-Dabbâgh (que
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Abd al Wadoud Yahya Gouraud 12Dieu soit satisfait d’eux) qui reçut la baraka de Sayyidunâ al-Khadir (sur luila paix). Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs rencontra lui-même al-Khadir enprésence du Prophète. Le Prophète récita alors les litanies à al-Khadir qui lesenseigna, à son tour, au Shaykh. Le Coran raconte comment Moïse (sur lui laPaix) rencontra, au confluent des deux mers, ce personnage singulierdétenteur d’une Miséricorde et d’une Science venues de Dieu (3) , et dont lenom évoque l’éternel verdoiement de la vie spirituelle qui s’alimente à l’eauinépuisable de la Science divine.“ Ainsi, sur le plan de l’orthodoxie doctrinale comme dans le domaineopératif, la ”voie Ahmadienne”, en se référant au nom ésotérique du Prophètelui-même, témoigne, non seulement de la régularité de son insertion dans lachaîne initiatique et de l’authenticité de sa pratique rituelle, mais aussi d’uneinfluence spirituelle universelle, comme est universel l’islam lui-même ” (4) .Né au Maroc en 1750, le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs quitta définitivementFez en 1798, et arriva à la ville sainte de La Mecque en 1799, après avoirenseigné dans le Maghreb et en Egypte. En 1803, les Wahhabites firent leurentrée à La Mecque, où ils restèrent pendant dix ans. Ces derniers prêchaient,à la suite de Muhammad Ibn ‘Abd-al-Wahhâb, un retour aux sources de lareligion et à la pratique des pieux anciens, d’une manière apparemmentsemblable à l’enseignement du Shaykh Ahmad Ibn Idrîs. Cependant, tandisque les Wahhabites entendaient ce retour aux sources à la seule lumière del’entendement humain, dans un conformisme aveugle à la Loi religieuse, leShaykh Ahmad Ibn Idrîs, quant à lui, le comprenait comme imitation etréalisation du modèle prophétique, dans la perfection des aspects extérieurs etintérieurs.Les oulémas de La Mecque, jaloux et inquiets de la popularité duShaykh Ahmad Ibn Idrîs, le soumirent à plusieurs reprises à des épreuves“ inquisitrices ” dont il sortit vainqueur à chaque fois, en raison de sonérudition et de sa connaissance spirituelle. Les Wahhabites furent chassés deLa Mecque en 1813 par l’armée turco-égyptienne. Le Shaykh Ahmad IbnIdrîs quitta les lieux saints en 1827-1828. Il voyagea pendant quatre ans etfinit par s’installer à Sabyâ, en ‘Asîr, dans l’ancien Yémen. En 1832, il fut denouveau défié par les oulémas wahhabites, forts influents dans la région, dansune joute oratoire qu’il remporta de nouveau. A la suite de ce débat, leShaykh, s’adressant à ses disciples, dira à propos de ces savants :“ Regardez ce qui s’est passé. Ce n’est pas ce que j’ai voulu, cependant ilsl’ont mérité à cause de leur comportement. Ce sont de pauvres misérables quis’en tiennent simplement aux aspects extérieurs de la Loi religieuse. Ilsconnaissent quelques détails des sciences religieuses, et accusent d’erreurceux qui s’opposent à eux. Si seulement ils comprenaient quand, ne sachantpas, ils sont instruits ! Et si seulement ils acceptaient quand, étant égarés, ilssont guidés ! Mais ils ne seront pas blâmés pour leur arrogance et leur
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Le Shaykh Ahmad Ibn Idris face aux juristes Wahhabites 13obstination, car cette attitude est dans la nature des ignorants ! ”A travers quelques extraits significatifs du débat (5) qui s’est tenu entrele Shaykh Ahmad Ibn Idrîs et l’un des représentants des Wahhabites de larégion, nous souhaiterions montrer comment le témoignage et l’effortspirituel de certains maîtres et savants véritables, dépositaires ettransmetteurs de la Science sacrée, ont pu garantir la fonction derevivification et de protection du patrimoine spirituel de l’islam, en touttemps et en tout lieu, pour transmettre la lumière de la Sagesse divineéternelle.Toute sa vie durant, le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs puisera dans cetteScience venue de Dieu. Malgré son extraordinaire érudition en matière desciences religieuses, dont il fera preuve dans ses débats avec les oulémas, ilsavait qui était, en fait, son seul vrai Maître. Le Coran ordonne en effet :“ Craignez Dieu, Il vous enseignera, et Dieu est Omniscient ”. Parlant dessavants qui ne possèdent qu’une connaissance extérieure et superficielle de laLoi sacrée, sans détenir les clés qui leur permettraient d’en comprendre lesens profond, le Shaykh cite ce dernier verset et le commente ainsi :“ Craindre Dieu, c’est agir par ce que l’on sait. L’Envoyé de Dieu a dit :”Celui qui agit par ce qu’il sait, Dieu le fera hériter du savoir de ce qu’il nesait pas.” C’est le sens de la tradition prophétique : ”La Science est acquisepar l’enseignement”, c’est-à-dire l’enseignement de Dieu ”.Dieu seul donne la science, mais c’est le Prophète qui nous montrel’exemple de la crainte qui est la juste préparation à ce don. On rapporte quecelui-ci disait : “ Il n’y a personne qui ne craigne Dieu plus que je Lecrains. ” A l’exemple du Prophète Muhammad, les véritables savants sontceux qui viennent chercher la Sagesse divine directement à sa source, auprèsde Dieu, et prient en demandant à Dieu d’augmenter leur science : “ Rabbizidnî ‘ilman ! ” Ce sont les savants de cette science-là, portée par la piété et laconscience de la présence de Dieu en chaque lieu et chaque instant, qui sontvraiment, selon un hadith, “ les héritiers des prophètes ”. Conscients de lavaleur sacrée de l’héritage prophétique dont ils sont les dépositaires, et quin’est autre que la Science divine, les savants par Dieu, selon la parole d’unautre héritier du Shaykh Ahmad Ibn Idrîs, “ sont ceux qui ont réalisél’ouverture de l’intellect (‘aql), la vision avec l’œil du cœur (‘ayn al-qalb)qui conduit à la science de la certitude (‘ilm al-yaqîn), et qui savent susciter,chez ceux qui les fréquentent, le goût (dhawq) pour la connaissance de lavérité (ma’rifa) ” (6) .Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs continue :“ Celui qui craint Dieu, Dieu l’enseignera. Celui ne Le craint pas, nonseulement Dieu ne l’enseignera pas, mais Il l’égarera, y compris en ledétournant de ce qu’il a mémorisé. Dieu placera un voile sur sacompréhension et tu le verras alors, “semblable à l’âne qui porte des
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Abd al Wadoud Yahya Gouraud 14livres” ” (7) .Les savants omnubilés par la recherche de “ preuves ” littéraires dans leCoran ou dans la Sunna, font de la connaissance des sciences religieuses unesimple érudition, comparable à une accumulation toute quantitative dedonnées qui se suffit à elle-même. En détournant l’attention du savant del’essentiel, la science ainsi acquise devient stérile, et l’empêche d’accéder à laconnaissance du cœur. D’ailleurs, en arabe, ne dit-on pas de celui qui amémorisé le Coran, qu’il “ le conserve sur le dos du cœur ” (hafizhahu ‘alâzhahr al-qalb) ? Le savant véritable est celui qui saura maintenir uneouverture vers le haut, afin que Dieu remplisse son cœur de la seule Science“ utile ”, qui peut apporter la certitude et la paix de l’âme, en sortant celle-cide ses illusions mentales. Il est dit dans le Coran que “ Dieu n’impose à aucune âme plus que sacapacité ”, “ Lâ yukallifu-Llâhu nafsan illâ wus’ahâ ”. Cela dit, il faut serappeler que al-Wâsi’ est précisément l’un des quatre-vingt-dix-neuf plusbeaux noms de Dieu et que c’est Lui seul qui détermine notre degréd’ouverture et notre capacité à accueillir Sa Science, toujours mieux ettoujours davantage. L’effort des intellectuels musulmans consiste donc àtoujours s’ouvrir davantage pour recevoir une science plus vaste et plusprofonde, de façon à être capables, eux aussi, de la transmettre fidèlement.Ainsi la doctrine elle-même doit être considérée comme le supportindispensable de celui qui doit s’en approcher, non pas d’une manièreexclusivement technique ou littérale, mais comme une étincelle deconnaissance qui aide à trouver la bonne direction en toutes choses. Lesoulémas ne doivent donc pas être assimilés superficiellement à une catégoriede personnes aptes à la gestion de normes juridiques pouvant régler la viesociale du musulman. Mais l’on devrait plutôt considérer que, si certainsd’entre eux ont su se rendre particulièrement précieux et efficaces dans leurétude du droit, il ne faut pas pour autant exclure de cette catégorie les autreshommes de connaissance qui ont su œuvrer avec la même clarté dans d’autresdomaines que dans celui de la législation. Il faudrait reconnaître chez lesoulémas un caractère plus vaste, proprement lié à leur fonction deresponsables de la Science sacrée, de cet ‘ilm qui est de nature universelle etqui contient, de ce fait, toutes les solutions nécessaires pour décider dechaque aspect de la vie dans le plein respect des règles dictées par l’ordrenaturel que Dieu a créé.En niant la possibilité même de l’inspiration divine, seule étincelle quipuisse éclairer la connaissance extérieure de la Loi religieuse, le rationalismedes littéralistes enferme ceux-ci dans une compréhension uniquementmentale de la religion, qui les empêche de voir au-delà de la lettre de la Loi.Répondant à ses détracteurs, le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs dit :“ Si vous aviez eu accès à l’immense Science (al-’ilm al-wâsi’) à laquelle
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Le Shaykh Ahmad Ibn Idris face aux juristes Wahhabites 15d’autres que vous ont eu accès, les réalités profondes vous seraient apparuesavec évidence, et vous marcheriez sur la plus claire des voies. Mais vousvous êtes limités à vous-mêmes, si bien que les chemins que vous empruntezse sont rétrécis. Vous avez réduit la religion de l’islam à ce que vousconnaissez, et vous prétendez que vous serez sauvés et que les autrespériront. Que Dieu nous guide et vous guide ”.Cette mise en garde du Shaykh montre à quel point il est dangereux dene considérer la portée de la religion qu’à la mesure de la simplecompréhension des individus. Cette tendance se trouve à l’origine même detoute déviation, puisqu’elle ne prétend plus que la conception religieuses’appuie sur l’objectivité d’une connaissance directe de la réalité spirituelle,qui ne peut jamais s’opposer aux préceptes extérieurs de la religion mais qui,au contraire, les vivifie dans leur plénitude. C’est dans ce sens que “ lessavants sont les héritiers des prophètes ” et non, comme on prétend lesconsidérer aujourd’hui, de simples détenteurs des données traditionnellessans aucune science. Les savants ont le devoir, selon l’exemple prophétique,de maintenir l’équilibre entre les dimensions intérieure et extérieure de laTradition, c’est-à-dire préserver l’héritage spirituel dans son intégrité etintégralité, car cette perspective, vécue avec la sincérité qu’on lui doit, créenaturellement une ouverture vers le haut et une réelle possibilité d’ascensionspirituelle et de connaissance. C’est dans ce sens que la volonté systématiquede faire de la Sunna prophétique un simple code comportemental, sans garderen elle et à travers elle une tension vers le surnaturel, prend un caractèresinistre.Outre le fait de limiter la religion à leur simple entendement, l’erreur deces savants est de s’exprimer sur des choses qui ne relèvent pas de leurcompétence, en les jugeant de manière hâtive. Le Shaykh Ahmad Ibn Idrîsdisait à ce propos que “ la plus grande crainte de Dieu consiste à s’arrêter à lalimite de ce que l’on sait, et de ne pas la dépasser ”. Ainsi, à l’un des juristeswahhabites qui manifestait son rejet de la dimension intérieure de l’islam, leTaçawwuf, le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs répondit simplement : “ Si tu avais euconnaissance de la réalité, tu ne serais pas entré dans ce domaine, qui est tropvaste pour toi de toute façon. Tu ne fais pas partie des hommes de cettecommunauté spirituelle (les gens du taçawwuf). Les hommes de toutediscipline sont en terrain sûr dans leur propre discipline ”.Certains courants, déjà présents à l’époque du Shaykh, et qui cherchenten ce moment à s’imposer au sein de la communauté islamique, tendent àocculter et à combattre systématiquement toute référence à cette dimensionintérieure de la tradition, autant en ce qui concerne la doctrine que lesmoyens particuliers de grâce, qui sont eux aussi reliés, par une chaîneininterrompue de transmetteurs, directement au Prophète. Mais l’intérieur etl’extérieur ne sont autres que les deux aspects d’une même réalité, comme le
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Abd al Wadoud Yahya Gouraud 16sont la paume et le dos de la main, et ils répondent à des nécessitésdifférentes sur le plan spirituel. On rapporte que quelqu’un demanda à ungrand maître spirituel ce qu’il pensait de l’enseignement ésotérique(madhhab al-bâtin). Il répondit : “ Lequel entends-tu ? Le vrai ou le faux ?S’il s’agit de l’ésotérisme vrai, la loi extérieure (sharî’a) est son aspectextérieur et celui qui la suit vraiment en découvre l’aspect intérieur, qui n’estautre que la connaissance de Dieu ; quant au faux ésotérisme, ses aspectsextérieur et intérieur sont plus horribles et détestables l’un que l’autre. Alorsrestes-en loin ”.La Sagesse divine dont le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs était dépositaire neprovenait que du Coran, Parole inépuisable de Dieu, et de la Sunna duProphète. Sa soif de connaissance le portait à concentrer son attentionuniquement sur Dieu, en essayant de retrouver dans chaque chose l’ouverturedu cœur, l’illumination de l’intellect qui le rapprocherait de son Seigneur.Ainsi, en parlant du saint Coran, il disait :“ Nous pensons qu’il est nécessaire de s’occuper du commentaire extérieur,car il n’y a aucun espoir à parvenir au sens intérieur avant de maîtriser le sensextérieur : celui qui prétend comprendre les secrets du Coran sans enmaîtriser le commentaire extérieur est semblable à celui qui prétend arriverau cœur d’une maison avant d’en passer la porte. Grâce à Dieu, nous faisonspartie de ceux qui maîtrisent le commentaire extérieur. Mais nous ne nionspas le fait que, au sein même des versets coraniques, se cachent desindications renvoyant à des significations subtiles qui sont dévoilées auxmaîtres de la Voie, et qui s’accordent avec les sens apparents visés. Savoircela appartient à la pureté de la foi et à la perfection de la connaissance. C’estce que prouve la tradition prophétique suivante : “Chaque verset a un sensextérieur et un sens intérieur. Chaque lettre a une limite, et chaque limitepossède un lieu d’ascension ”. […] Les versets coraniques possèdent dessignifications intérieures qui sont comprises par ceux dont Dieu a ouvert lecœur, et celui qui craint Dieu, Dieu lui enseigne ce qu’il ne sait pas ”.Chaque relativisation ou réduction de la Parole divine à un planimpropre comporte, d’un point de vue traditionnel, une fermeture, dans laperspective de la connaissance. Le travail et la fonction des savants àl’intérieur de la communauté islamique se sont toujours manifestés sous laforme d’un véritable jihâd, d’un effort spirituel, pour éliminer cettefermeture, autant intérieurement qu’extérieurement, et donc pour rétablir, àtravers une ouverture (fath), une voie effective de communication avec Dieu.En s’efforçant de passer outre l’apparence des formes pour ramener chaquechose à son Principe, comme le faisait le Prophète lui-même, le ShaykhAhmad Ibn Idrîs se distinguait du faux savant par une plus profondecompréhension des signes et des significations de la Révélation du Coran.Cette connaissance directe de la Réalité lui permettait de voir en toutes
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Le Shaykh Ahmad Ibn Idris face aux juristes Wahhabites 17choses le reflet d’une réalité supérieure et d’être, en conséquence, capable detrouver, pour chaque situation susceptible de se présenter à lui, la réponse laplus apte à l’obtention d’un bienfait spirituel. C’est ainsi que le Prophètedéfinit la science qu’il faut rechercher sans cesse, “ fusse-t-elle en Chine ”, lascience utile qui incite à une crainte révérencielle toujours plus grande, dansla certitude qu’il n’y a de dieu que Dieu.A la fin du débat, le Shaykh Ahmad Ibn Idrîs rappellera à ses disciples :“ L’apparition de l’ignorance et la disparition des savants font partie dessignes de l’Heure ”. De nos jours, où les signes de la dégénérescence destemps sont toujours plus évidents, il importe de savoir retrouver cette vitalitéspirituelle et cette vigilance intellectuelle qui caractérisent les prophètes, lessaints et les savants véritables. L’exemple du Shaykh Ahmad Ibn Idrîs nousrappelle que la recherche de la connaissance de Dieu est le seul effort qui nesoit pas vain dans ce monde. Ainsi, le patrimoine spirituel transmis par lesprophètes jusqu’aux savants n’appartient pas à un passé révolu, mais il peutêtre encore actualisé par tous ceux qui aspirent à vivre, en chaque lieu etchaque instant, le message éternel de l’islam. Wa-Llâhu a‘lam.Bibliographie : 1 - R. S. O’Fahey : The Enigmatic Saint Ahmad Ibn Idrîs and the Idrîsî Tradition,Northwestern University Press, 1990, p. 79.2 - Coran, XXIX, 45.3 - Coran, XVIII, 60 - 82.4 - Shaykh Abd-al-Wahid Pallavicini : L’islam intérieur, Ed. Christian de Bartillat,1995, pp. 88 - 90.5 - Hasan Ibn Ahmad ‘Akish ad-Damadî : “ Munâzarat Ahmad Ibn Idrîs ma‘afuqahâ’ ‘Asîr ”, in Bernard Radtke, John O’Kane, Knut S. Vikør, R. S. O’Fahey,The exoteric Ahmad Ibn Idrîs, A sufi’s critique of the madhâhib and the Wahhâbîs,Four Arabic texts with translation and commentary, Brill, 2000.6 - Yahya Sergio Yahe Pallavicini : “ La responsabilité des musulmans européensdans le monde contemporain ”, in Les Cahiers de l’Institut des Hautes EtudesIslamiques, n° 14, année 2002, pp. 89 - 90.7 - Coran, VI, 5.❑
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